Pic de Néouvielle mathieu maisonnial

Ascension du Pic de Néouvielle

Mathieu Maisonnial Actualité 0 Comments

Le Pic de Néouvielle n’est pas le plus haut sommet des Pyrénées mais c’est un sommet emblématique et pour moi, il s’agit de ma première ascension en solitaire sur neige équipé d’un piolet et de crampons.

Du haut de ses 3091m, le sommet domine les grands lacs du Néouvielle, son allure est imposante et élégante ; d’immenses arêtes rocheuses sont lancées de part et d’autre comme pour mieux asseoir sa domination sur le massif.

Je vais tenter d’atteindre le sommet en empruntant la voie normale qui consiste à passer sous l’arête du Ramougn (sommet voisin), puis de longer la montagne en direction de la brèche de Chaussenque afin de remonter en direction du Pic de Néouvielle par son ancien glacier.

La météo s’annonce bonne avec soleil et chaleur pour ce mois d’octobre 2014 et seulement quelques nuages d’altitude. J’ai tout de même emporté tous les vêtements pour me tenir au chaud, on est jamais trop prudent, surtout que le temps peut très vite changer.

Me voilà sur le départ à 9h30 depuis le parking du lac d’Aubert situé à 2140m d’altitude. Je traverse le barrage qui m’amène au pied de la montagne d’où part un sentier bien marqué par le passage et des carins situés tout le long.

Le moins que l’on puisse dire c’est que ça attaque sévère, la pente est raide, j’ai très vite chaud et j’enlève collant et coupe vent pour respirer un peu.
Je suis seul dans la montagne, du peu de voitures présentes sur le parking, personne ne semble avoir pris le même itinéraire que moi ce matin ; c’est à la fois un vrai bonheur et un peu inquiétant.

Je progresse plutôt bien, j’arrive rapidement sous la première barre rocheuse et j’aperçois la brèche vers laquelle je dois me diriger.

Une fois sous celle-ci, je devrais redescendre un peu pour trouver la brèque de Barris qui me permettra de passer de l’autre côté de l’arête et de contourner le sommet du Ramougn.

Un petit regard en arrière et j’aperçois une personne sur le même itinéraire, ce qui me rassure un peu.

La montée s’accentue encore en direction de la brèche, j’ai l’impression que mon cœur va sortir de ma poitrine, c’est l’effet montagne. Une progression lente mais continue m’amène toujours plus haut.

Je me plante deux fois avant de trouver comment passer la brèche, je ne dois pas être le seul, car le sentier qui m’a induit en erreur est très bien marqué. Je me retrouve à descendre pour remonter puis finalement redescendre.

Lorsque je trouve enfin le passage, je suis trempé de sueur, le vent qui souffle est gelé et j’ai très vite froid, une fois de l’autre côté j’enfile vite mon coupe vent, que je ne quitterai plus.

De l’autre côté de la brèche, l’ambiance est lugubre, le soleil est caché par l’immense barre rocheuse noire et sinistre, le son est complètement étouffé et on n’entend plus rien mise à part son propre bruit qui est répercuté de manière rauque par la paroi ; je dois avouer que c’est assez flippant !

La deuxième partie du trajet se fait dans la caillasse et je dois traverser de gros blocs rocheux.

Equipé de chaussures d’alpinisme, qui sont rigides pour pouvoir y fixer des crampons, l’exercice n’est pas évident, j’ai l’impression d’avoir des sabots et le manque de mouvement au niveau des pieds ne laisse pas mes genoux indifférents.

J’aperçois la brèche de Chaussenque vers laquelle je dois à présent me diriger. J’hésite un instant en la voyant disparaître totalement dans la brume, je sens le temps tourner mais je décide tout de même de continuer.

Entre temps, la personne aperçue derrière moi passe également la première brèche, après les salutations, l’ascension reprend.

La première partie est tellement humide que je décide d’attacher les bâtons au sac à dos pour pouvoir poser les mains sur les rochers et les descendre assis par moment.

Une fois ces gros blocs passés, le chemin est plus simple, composé de plusieurs montées et de replat, toujours en direction de la brèche.

La vue sur les grands lacs du Néouvielle est splendide, dommage que le lac d’Aubert soit entièrement vide pour rénover son barrage. De gros nuages commencent à apparaître et le sommet est entouré de brume.

Sur le chemin, je fais une petite pause auprès d’une cascade bien rafraîchissante, encore deux ou trois montées et je pourrais attaquer l’ascension finale.

Une fois arrivée au niveau de la brèche de Chaussenque, j’aperçois enfin l’ancien glacier du Néouvielle transformé aujourd’hui en pentes de neige qui a bien fondue pendant l’été.

Le temps se couvre de plus en plus et le sommet n’est plus visible. Si proche du but, je décide de continuer encore un peu mais j’ai de plus en plus de doute sur la météo.

Enfin arrivé sur les pentes de neige, il est temps de chausser les crampons et de sortir le piolet, une grande première tout seul, je fixe mes crampons méthodiquement et je repense aux techniques de marche en crampons et d’arrêt en cas de chute apprisent un an plus tôt pendant l’école de glace avant l’ascension du Dôme des Ecrins.

Et c’est parti! Me voilà sur la glace à planter crampons et piolet pour progresser. C’est un vrai bonheur, la neige est solide et j’ai donc une bonne accroche, je mesure chaque pas et glisse très peu.

C’est un véritable soulagement pour mes genoux, la marche en crampons entraîne des torsions importantes pour les chevilles, mais je la trouve tout de même plus simple que de marcher sur les rochers, surtout avec des sabots aux pieds.

Je progresse bien plus rapidement mais malheureusement le temps se gâte et le brouillard descend de plus en plus bas. Je décide de m’arrêter pour manger un peu, histoire de reprendre des forces et de voir si le temps va se dégager.

A peine posé sur un rocher, la première bouchée de sandwich avalée que le vent se met à souffler beaucoup plus fort, la pluie et la neige tombent, la brume recouvre entièrement la montagne.

La météo c’est vraiment planté ! Ayant une grosse crainte d’un orage, surtout à cette altitude, je jette mon sandwich dans mon sac à dos et me dirige rapidement vers la descente. La personne sur le même itinéraire décide de faire la même chose.

Sur la neige avec mon piolet et mes crampons, je suis un vrai paratonnerre, alors même si le temps ne semble pas à l’orage, je ne suis pas très rassuré.

A 2808m, 300m sous le sommet, le mauvais temps me contraint à faire demi tour, il aurait été dangereux de se retrouver dans la purée de poids à 3000m d’altitude, c’est donc sans regret que je prends le chemin du retour. Savoir faire demi tour, c’est essentiel en montagne.

J’arrive très rapidement au niveau des rochers, j’enlève donc les crampons et range mon piolet, c’est de nouveau parti dans la caillasse. Je le sentais venir à la montée, ça se confirme pendant la descente, la douleur au niveau de mon genou s’accentue et j’ai beaucoup de mal à plier la jambe et avancer normalement, la descente promet d’être sympathique.

La brume n’a finalement pas engloutie la montagne et le soleil fait même de très courtes apparitions, tant mieux, cela m’aide pour ne pas me perdre sur le retour.

De retour au niveau de la cascade, je fais une petite pause pour boire un peu et soulager mon genou.

Entre temps, l’autre personne me rejoint, nous échangeons un peu puis nous reprenons la descente.

En suivant cette personne, j’emprunte un itinéraire de retour différent qu’a l’aller, le chemin étant parsemé de carins, je ne m’inquiète pas, en plus, cela permet d’éviter les gros blocs sous la brèque de Barris et donc d’avancer plus simplement et rapidement.

Cependant, le chemin est plus aérien et je passe près des grandes falaises qui m’offrent une vue à couper le souffle sur le lac en contre bas.

Une fois la première arête passé, voyant le soleil revenir, je me dit que je vais pouvoir manger tranquillement. Une fois n’est pas coutume, à peine assis, de gros nuages, bien noire cette fois-ci, passe au dessus de la montagne. Je préfère ne pas m’attarder et décide de rentrer une fois pour toute.

4h40 après mon départ, me voilà de retour sur le parking, les changements de température, le vent et la marche sur les cailloux m’auront lessivé. Le Pic de Néouvielle n’est pas difficile techniquement mais son ascension est fatigante quand la neige n’est présente que sur la fin du parcours. Je pense revenir au mois de mai ou de juin pour profiter d’un enneigement plus important.

Petite déception de ne pas avoir atteint le sommet mais cette ascension aura été superbe et j’y aurais pris un grand plaisir, surtout en la réalisant seul.

On est plus brave dans les montagnes quand on est seul. C’est un bonheur d’être deux, c’est une leçon d’être seul.Henry Russell

Merci de m’avoir lu, n’hésitez pas à laisser un commentaire ou venir découvrir des photographies de paysages de montagnes réalisées pendant mon séjour.

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